Friday, December 31, 2010

Incipits finissants (30-31)

Il y a des signes qui ne trompent pas. Que sont devenues les petites épiceries d’autrefois où ça cancanait dur ? Pour autant, est-il possible de réduire les rapports humains à l’existence d’un simple bonjour ? Il n’empêche… Même quand ils ne sont pas à la queue leu-leu, les humains restent muets maintenant. Défense de toucher à ma vie privée de vie semblent-ils dire. Cela ne signifie pas pour autant qu’ils n’ont plus de désirs tapis au milieu de leur désert. Désirs enfouis. Désir de quoi ? Désir animal que la machine se comporte gentiment avec soi. C’est la machine qui a tous les droits. La machine qui est le robinet merveilleux vers laquelle converge la source aux billets de banque.
J’ai attendu l’autre jour dix minutes que quelqu’un m’ouvre la porte vitrée de la caisse. Trop surpris de voir jusqu’à quel moment ça durerait, jusqu’à quel point l’esprit implorant de la machine était instillé en nous. A l’intérieur, il y avait des individus blancs, des noirs, des marrons, des verts. Le problème n’est pas la couleur de peau, le problème est d’avoir accès au monstrueux bipède qui contrôle la machine car de ce côté ci nous sommes tous pareils, les vieux comme les jeunes, les vieux qui font de belles leçons de morale aux jeunes, les jeunes qui les subissent mal.
Bien sûr, j’aurais voulu leur dire : « tu sais plus parler toi ? Tu vois pas qu’elle existe ma peau de noir vêtue ? » J’aurais aimé me suspendre la tête en bas devant eux, dans l’écran de la machine leur singer des grimaces, leur préparer un croche-pied, les plier comme un mouchoir et les faire rentrer de force dans la bête.
Mais devant tant de ressemblance le silence ne peut qu’engendrer le silence. Eux, moi, tous pareils en cette même absence de combat, enrayés par la grande machine des nouvelles habitudes. Le métal, ces temps-ci, a des relents de préhistoire. Bientôt on cognera du groin contre la paroi hirsute, on parviendra même à se taper entre encéphales sans sortir les mains de sa poche, pour avoir droit à sa petite renaissance.
Pour l’instant, il faut bien le reconnaître, la plupart des hommes, dans la transparence, sont des cons, en toute transparence.

P.M.

Présentation

"TRACTION-BRABANT" (alias T-B pour les intimes) est un fanzine d'écriture, de poésie et autres textes courts, créé en janvier 2004 par Patrice MALTAVERNE (conception , écriture, choix et mise en page des textes) et Patrice VIGUES (illustrations).
"TRACTION-BRABANT" existe aussi et surtout sous sa version papier à une centaine d'exemplaires. Le poézine est à parution aléatoire, quoique... si tous les deux trois mois, les combattants sont en forme, un nouveau numéro sort de leur tanière.
"TRACTION-BRABANT" n'est pas une association, ne demande aucune subvention, le poézine a juste pour but de faire circuler à son modeste niveau une poésie pas trop classique ni trop molle surtout, ainsi que de véhiculer certaines pistes de réflexion, sans pour autant qu'il ne soit tranché dans le vif.
Plus précisément, à l'origine, TRACTION-BRABANT est la contraction de traction avant, l'auto et de brabant double, la charrue à double soc. Cela montre avant tout notre nostalgie pour ces vieux objets mécaniques ainsi que notre méfiance par rapport à un progrès non mesuré...
Les auteurs (poètes, illustrateurs) présents dans "TRACTION-BRABANT" sont près de deux cents à l'heure actuelle.
Ce blog a pour but de reproduire des extraits du zine sous sa version papier et de faire connaître davantage ce que nous faisons....
Enfin, "TRACTION-BRABANT" s'efforce d'encourager ses participants à des échanges de textes et d'idées et pourquoi pas à de possibles rencontres : vous comprendrez donc que les (h)auteurs intéressés que par eux-mêmes ne soient pas forcément les bienvenus ici.
Les artischtes, non plus, lorsque le dédain des contingences matérielles, qui les arrange tout particulièrement, provoque leur éloignement de la réalité des choses, plus facile à gérer.
P.M.

On fait le point calmement avant de s'énerver

De Lou Raoul (extrait de T-B 30-31)

C'est à Noël l'an dernier
que j'ai découvert.
C'est là. Tu vois la photographie.
Toute la semaine, il a fait beau,
j'avais la chevelure ensoleillée.
J'ai croisé peu de monde
et les ombres des maisons aveugles
m'étaient plus proches
que les gens eux-mêmes.

Dans mon rêve de manteau rouge,
je regardais flotter les cris des oies bernaches
au-dessus de la grève.
J'étais comme muette.
Puis en marchant au loin,
j'ai eu dans la bouche l'oratorio de la femme qui rit
et dans les veines, le sang de l'ours endormi.

Tu vois, c'est là.


Extrait de « Cinq, de 6 à 9 »

Vous pensez à quoi mondame lale psy ? de Patrice VIGUES

De Patrick Aveline (extrait de T-B 30-31)

Gardien de phare
Hé ho ! le gardien de phare
Héroïque éplucheur de marées
Armé de l’économe
Affûté aux brisants de tes paupières
Hé ho ! le gardien de phare
Le sismologue des solitudes évasées
Ton oscillographe est aussi plat
Qu’un jusant sans algues
Et ton électrocardiogramme jalouse
Les Oural illégitimes et syncopés de ma grand-mère
Oh ! L’amiral de tes sommeils épuisés
Le pédagogue de l’asile gradué au micron des soupirs
Je t’observe
As-tu vu l’écorchure
A la paume de ta main gauche
Déroger aux bonnes manières
Rien, tu n’as rien vu des plaies des montagnes
De la colère de leur gabardine violette
Consacré à l’écueil
Tu t’obstines à la solitude
Cent lumières tournent autour de toi
Tu t’obstines à la solitude
Le Monde grouille d’anguilles
Mais toi, le sang de ta main
Sature la rétine des imagos tropiques
Baigne d’eau rouge l’estran de tes rêves paradoxaux
Sans qu’une seule hyperbate jamais
Ne traverse ton oreille interne
Ou ne serait-ce que le névraxe des littératures
As-tu senti ô gardien
Les gréements de ta glotte
Grincer du silence de ses œillères
Cliqueter au mât de tes adrénalines
Sourd, sourd aux symphonies des avalanches
Leurs symposiums immaculés
Réduit au front scrutateur
Tu sillonnes tes labours d’écume
Avec cet œil de cheval doux
Le port a beau fourmiller de ferry-boats
Et l’église de ses déambulations ferventes
Toi, la corde et le nœud de ta voix
Affolent la corolle infundibuliforme du liseron
Porte-voix des cris qui rampent sous ta peau
Mégaphone d’un orémus sanglotant
Où tu sprintes un moon walking d’anthologie
Rejoindre ton trône sauf
Là se situe la gageure, le lœss fertile
A la croisée d’un transept aussi circulaire
Que ton horizon bienveillant
Aussi digne que les bateaux cherchant ta lumière
Tu veilles ô gardien
Impassible, tu veilles à l’écueil à l’écume
Tu veilles aux transits submersibles
Des fragiles esquifs de mon souffle

23 décembre 2008

Chroniques de la Luxiotte

Les chroniques de la Luxiotte est je pense l'un des sites littéraires les plus complets qui existent en France : vous allez pouvoir vous en rendre compte en flânant à la recherche de poèmes (de Jean-Paul Klée et de Vincent Wahl notamment), de journaux de voyages, d'entretiens, de chroniques, d'annonces d'expositions...

Un vrai vite et un vrai boulot, tout en profondeur...

De Thibault Marthouret (extrait de T-B 30-31)

« un requin qui fumait plus a rallumé son clope », faut voir le résultat

Dans ton feu de joie tu as jeté
du miel,
l’Asie,
ce qui coule aux et des oreilles,
le jaune, l’orangé, l’ambré,
des cordes électriques,
des pétards en gelée qui explosent en brûlant,
nous aspergent,
nous rendent moins transparents,
des étincelles qui goûtent nos peaux puis s’en retournent aux
flammes,
des géants de papier mâché,
un kilo cinq de viande hachée,
des fringales,
des déserts,
faut voir la hauteur du brasier,
la félicité, balancée entre deux mouchoirs, en est le poumon
expirant son air chaud, rougissant nos prunelles écarquillées,
des pense-bêtes noircis de rendez-vous à ne pas manquer
auxquels quelqu’un devra bien se rendre à ta place,
tes lettres à ceux partis sans laisser d’adresse,
un plein container scellé,
des plaies salées,
des bidons d’eau de mer,
des nuits empaquetées,
faut voir comme prennent les flammes opaques,
comme elles attirent phalènes et loups prudents,
humains échaudés,
au feu ta panoplie de gynéco pour héros à guitares,
les femmes ensommeillées qui se réveilleront sous la cendre,
le ciel terne de ton absence,
au feu deux, trois œdèmes,
un âne aux ailes coupées,
des pertes de vue,
des brochures pour week-ends avortés,
faut voir ce que consument le white spirit et l’esprit saint sainement dosés,
ta verve chimique ici ou là versée,
l’appétit flamboyant que nourrit ton décès
autour duquel nous nous retrouvons, bêtes,
ton brasier sur les bras,
fixés par les yeux noirs des géants calcinés,
ignorant tout du mode d’emploi,
du bois dont tu te repais,
du secret de ton combustible dont la formule roussit dans la fournaise.
Ne sachant rien, nous attendons,
notre cercle un hommage et une peur grégaire,
ton feu l’ultime célébration de la lumière.
Personne n’ose sauter par-dessus les braises,
le diable a peur de danser,
il réclame un sabbat dans le respect des règles.

"Les Grodards sans glands (de l'origine des guerres)", illustration de Jean-Marc Couvé


Malta compil : 2007 (avec Windows média player)

Histoire de vous réveiller un peu : cette compil est bientôt finie.

Le texte choisi pour l'année 2007 a fait l'objet d'une publication dans la collection Polder de la revue Décharge. Il s'agit d'un poème extrait de "Sans mariage" :

Ensuite toute la famille les proches
Montent dans l'auto blanche effilée
Qui coupe les ubans du berceau
Ne bouche pas les trous de l'ennui
Le reste du temps ta soif de bonheur
Marche sur le linge neuf plus opaque
Eveille toi au balcon et ensemencée
Par les lis d'apparat regarde comme
Délicatement ils fanent je te le répète
Tu es une conteuse de fleurs machinale

Sur une musique de Monochord "No question no answer" (Via Dogmazic). C'est bien le cas oui.

Sunday, October 03, 2010

De Olivier Millot (extrait de T-B 30-31)

Je vous enverrais des fleurs
La grenadine me manque
J’en suis fort aise
La vérité n’est point plaisante
Je rêve d’une ombre meilleure
La glace se détend
Je vous rends l’âme

Tuesday, July 13, 2010

Et maintenant maintenant la poésie maintenant

Retrouvez tout le gratin de la poésie française actuelle, qui campe sur ce blog : la poésie maintenant (le titre résume bien) de Pierre Maubé : idéal pour se tenir au courant (et ne pas être emporté par le courant)...

Thursday, June 24, 2010

Nus 4 : illustration de Henri Cachau


Sunday, April 04, 2010

De Dominic Caétano (extrait de T-B 30-31)

L'espace entre 2 grains de sable

Il y a un tourbillon de mots et d'images. Il va bien finir par crever, ce tourbillon.
- A en devenir fou, à en crever!
Je dégage cette fois-ci sur la pointe des pieds et la veste sous le bras.
Je prends avec moi une pierre trouvée dans une très vieille tombe, elle a toujours été là sous mes yeux.
Je caresse les murs en descendant les escaliers et je saute la dernière marche. Dehors sur le trottoir je déambule, mon corps déambule et je jette ma veste sur mon épaule.
Ne plus se brûler le cerveau, enjamber des ponts même imaginaires - je t'écoute si tu le veux.
Je baisse le regard et mate mes chaussures, elles sont vieilles et c'est étrange d'avoir le cœur léger dans cette chaleur d'été.
Sans le savoir, sans le comprendre, être seul dans un univers bien rempli - tu m'écoutes?
Toujours avoir un flingue dans sa poche pour se défendre...une fois et pour toutes.
Les voitures volent à côté de moi, je ne vois que de la couleur.Les maisons sont sales et à l'intérieur les gens ont le cafard même quand ils dorment.
Des mots, des wagons de mots qui partent dans le grand Est, il fait trop chaud ici.
Je suis monté sur les hauteurs, je vois toute la ville et ces toits gris, on dirait de la peau d'éléphant et je suis le cornac pleurant son salaire.
- Et si tu ne comprends pas tu me fais un signe et on verra...
Je pense à celui qui est resté dans mon lit, nu, allongé sur le ventre, il ronflait un peu. Il m'en reparlera de sa joie de vivre, de tous ses projets et de cette sale manie de trahir tous ces principes - Oui oui il est totalement malheureux.
Ça me fait penser à toutes ces lumières qui sont allumées derrière les rideaux, elles ne sont pas là pour dire - venez, entrez, vous êtes les bienvenus, elles sont là pour dire - ne vous approchez pas, il y a quelqu'un ici. Les plus malins ont un écriteau "attention chien méchant". Si leur chien est vraiment méchant, à leur place j'aurai peur.
Un jour on m'a dit que le plaisir était du miel qu'on lèche sur une lame de rasoir, je n'aime pas le miel, je peux mettre autre chose?
Je pense à ce qui me reste à faire pour le restant de ma vie et le tourbillon revient.
Juste baigné de lumière, agiter les bras pour qu'ils se détachent, courir vite et sauter les obstacles les plus hauts.
Juste plisser les yeux quand quelqu'un vous fait la morale, juste boire à la bouteille quand quelqu'un vous insulte.
Traverser au dernier moment et sourire.
Ne rien prendre, tout laisser à la meute, prendre une photo du spectacle et la mettre dans son portefeuille.
Se récupérer de justesse, tomber amoureux de soi-même, se caresser et embrasser le miroir.
Jusqu'à la mort bouger la tête sur un seul rythme, toujours le même à l'infini.
Prêter serment devant une icône fabriquée de choses trouvées ici et par là bas, promettre de ne pas se faire semer, promettre de trouver sa place entre deux grains de sable.

Tuesday, March 30, 2010

Des pieds et des mains (illustrations de Jean-Louis Millet et titre de Malta)




Sunday, February 07, 2010

Traction-brabant 10


Le gars qui était là, l’éditeur de bouquins, il me dit : on voit que vous n’aimez pas l’écriture.
- J’aime pas l’écriture ? Je m’intéresse aux bouquins parce que ça en jette et j’ai justement dans ma banane un recueil de poèmes intitulé « Les perles de l’angoisse ». C’est un truc avec lequel je sors à Paris. J’ai un certain succès parce que tout le monde se barre quand j’arrive avec mes poèmes. Poèmes à volonté et je dis : Ecoutez : je suis un maniaque des bouquins et moi j’aime l’écriture. Il me regarde – vous aimez l’écriture ?
On m’avait proposé de me mettre à la compta. J’ai dit pas question. J’ai dit : Ecoutez, soyons bref, soyons clair. Expliquez moi l’écriture. C’est comme le reste, c’est pour gagner du fric, c’est clair. Merde ! j’dis quoi, enfin merde ! l’écriture c’est pour s’en mettre plein les poches, ça sert à gagner du fric pour en foutre plein la vue. J’dis écoutez, moi ça m’intéresse.
Parce que moi je veux devenir un écrivain professionnel. Je veux péter plus haut que mon cul. J’aime péter plus haut que mon cul d’ailleurs et je veux que vous m’appreniez à écrire. Quand j’en regarde un, il doit sortir son carnet de chèque et raquer mon bouquin à 50 Euros pièce, que je le dédicace à Bidule ou à machin chose.
Et vous pouvez me faire écrire n’importe quoi, n’importe quoi, n’importe quel bouquin mais un bouquin qui brille, que ça soit le plus cher de la collection, avec du papier glacé qui foute la chair de poule et une reliure en croco qui réchauffe l’épiderme, un bouquin comme ça s’il vous plait, parce que si j’ai pas d’honneurs, je fais une tentative de suicide. Je ne supporte déjà pas l’autorité.
Moi je veux être l’écrivain, le premier écrivain, le meilleur écrivain et je veux toujours en foutre plein la vue aux vieux gros à barbes comme aux blondinettes de la F(n)ac. Donnez moi n’importe quel sujet, j’écris tout. Mais donnez moi un moyen. Apprenez moi à écrire un bouquin s’il vous plait. Le type il était juste là… Oui écoutez… bon bon bon…
Je suis resté 1000 ans à l’ANPE, chez les chômeurs, parce qu’apparemment l’écriture c’est pas fait pour en foutre plein la vue, c’est pour rien vendre et tout mettre au pilon, perdre son temps, pour faire le dugland au salon du livre et alors euh… ils ont déclaré et j’ai dû signer un contrat comme quoi – ils m’ont fait ça à moi – même avant de les écrire, je devais acheter tous mes bouquins, parce que là on a une chance de liquider tous les stocks de pensée restante. Et je n’ai pas le droit de revendiquer des droits d’auteur pour écrire encore plus de bouquins.
Eh bien moi je trouve ça dégueulasse parce que s’il y en a un qui veut écrire un bouquin, que ce soit Blanche messe et les sept fins, le gendarme et le violeur, la fabuleuse histoire de la mère Denis, la danse des connards, c’est moi, eh bien, si après je vois un humain qui me rend visite, je le transforme en consommateur de mes déjections mentales.

P.M. (Le Saigneur des Lettres)

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Poézine ou pour parler comme les gens bien "revue poétique et littéraire"
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